LES FRIMAS SONT VENUS !
Compagne de ma vie as-tu donc remarqué
Que dans cet escalier une marche est plus haute ?
Etrange phénomène, encore inexpliqué !
Faut-il, à nos vieux jours, en imputer la faute ?
Le doute, quelquefois, vient troubler ma raison…
Viendrais-tu, parmi nous, ô vieillesse chagrine !
Entraîner notre hymen vers la froide saison
Qui fige en diamant la source cristalline ?
Nos soleils ont brillé défiant les frimas ;
Je revois dans tes yeux ce doux printemps limpide,
Les baisers d’une abeille aux lèvres des lilas,
L’envol du papillon quittant sa chrysalide.
Les fleurs ont répandu leur magique parfum
Eveillant le tableau de la verte Nature,
Le blé futur espère au moment opportun
Balancer, sous le ciel, sa blonde chevelure.
Venant comme en écho de nos chants d’autrefois,
Ce feu couvant en nous, malgré les jours, résiste,
Guide par les sentiers, les ruisseaux, les sous-bois,
Nos vieux pas imprécis où le rêve subsiste.
Après ce long vécu, faut-il rester amers
Si la fraîche rosée est changée en nuage
Qui déverse au lointain, vers les fleuves des mers,
Les éternelles eaux d’un bonheur sans partage.
©Candide Agnèse